Rapport de visite de Térésa Chopin à son fils à la prison de Borj El Amri, Tunis

lundi 6 février 2006

6-02-2006 30 et 31 janvier 2006

par Térésa Chopin

30 janvier

Accueil à l’ambassade de France. Depuis quelques jours déjà les autorités françaises au consulat et à l’ambassade se démènent pour m’obtenir un droit de visite à mon fils, mais en vain.

Après plusieurs heures d’attente, l’intervention du Consul de France, que je remercie infiniment, fût nécessaire, pour obtenir cette visite très attendue. On m’informe qu’il y a accord pour deux visites, les 30 et 31 janvier

Dès l’obtention des accords, je me rends à la prison.

Je confirme ma présence dans les lieux au consulat de France.

Après vérification de mon identité, l’accueil des fonctionnaires présents est agréable et visiblement la Direction Pénitentiaire a contribué au bon déroulement de ma visite.

Les gardes me font attendre dans la pièce qui sert de lieu de rencontre.

Après un délai d’attente, qui m’a semblé interminable, mon fils est apparu devant la porte. L’émotion fut tellement grande que les gardes ont dû nous aider à nous séparer ; pour lui ce fut une grande surprise de voir sa maman, personne ne l’avait prévenu. Je ne savais pas par où commencer, j’étais complètement déstabilisée, la vue de mon fils me semblait irréelle.

Il est arrivé avec beaucoup de difficultés à se déplacer toujours son handicap par rapport à son genou. Nous nous sommes assis sur les sièges prévus, sous la surveillance de trois gardes présents.

Après m’avoir demandé des nouvelles de toute la famille et du monde extérieur, Omar m’annonce qu’on lui a fait passer une radiographie à son genou le vendredi précèdent ma visite.

Je lui demande de me montrer son genou, il est enflé et dévie vers l’intérieur de la jambe ; sa jambe est raide et il souffre énormément. J’ai également vérifié le reste de son corps, ses multiples infections aux pieds ont disparu, des soins lui ont été accordés, depuis ma dernière visite et il ne porte plus aucune trace de gale sur ses membres. Il reste très souriant devant moi, malgré une grande peine et une grande souffrance physique. Son état moral est toujours très fragile, il me dit qu’il va sûrement finir ses jours dans cet enfer. Il avait demandé à être transférer dans une prison plus près du domicile de son père, pour lui éviter tous ces longs trajets qu’il fait toutes les semaines.

Je lui dis que je fais tout ce que je peux pour le sortir de là et que tout le monde les soutient.

Il est déjà l’heure de se quitter et je lui dis à demain.

31 Janvier

Je n’arrive toujours pas à réaliser que je suis devant ces murs qui enferment mon enfant. Une fois de plus je suis devant la porte, les gardes me conduisent à la salle de rencontre et au bout d’un moment je revois Omar, qui à l’air très triste, il se demande également si le présent est bien réel. Il me dit qu’il est prêt à tout faire pour sortir de là, je le raisonne et lui dit qu’il faut encore patienter un peu, je lui demande si les conditions au niveau de sa cellule son toujours les mêmes, il me répond que rien n’a changé depuis la dernière fois, qu’ils sont toujours plus de cent dans environ 90m2.

Et concernant la nourriture son père lui apporte toujours le couffin toutes les semaines.

La veille j’avais demandé l’autorisation de lui donner quelques vêtements et de l’argent, chose qui m’a été accordé.

Nous continuons notre conversation et Omar dit que, des supérieurs de l’administration sont venus lui rendre visite, il leur a dit qu’il souhaitait : qu’on lui accorde l’opération pour son genou qui avait déjà été demandée, à être transféré plus près du domicile de son père et qu’il souhaitait poursuivre ses études.

Aucune réponse n’a été donnée pour l’instant.

Je lui demande s’il a des problèmes particuliers, s’il est mal traité ?

Il me répond que non, mais que depuis 6 mois il ne reçoit aucun courrier. Je demande au garde présent de bien vouloir accorder à Omar qu’il m’écrive et je lui donne ma nouvelle adresse.

Je poursuis ma conversation et lui dis qu’au niveau européen, tout le monde est informé de cette affaire et qu’on fera tout pour le sortir avec ses camarades.

Il me dit qu’Abdelghaffar Guiza va très mal, qu’il a été transféré et qu’il a du être hospitalisé, que sa santé est très critique. « Maman quand je l’ai vu partir il m’a fait beaucoup de peine j’ai peur qu’il meurt bientôt ».

Il m’informe également qu’Aymen Mcharek a été transféré à la prison de Sfax.

Et la montre a tourné, on nous dit que c’est fini !!

Dire au revoir à mon fils a été une chose insupportable, les larmes aux yeux, nous nous sommes embrassés une dernière fois et au loin dans les couloirs nous avons crié de part et d’autre.

Je t’aime ...

Je t’aime moi aussi maman.

Je t’aime Omar. à bientôt ... je reviendrai.

Une dernière fois je regarde ces murs qui emprisonnent mon fils en espérant qu’un jour ça ne sera plus le cas.

Même après une brève entrevue avec le directeur de la prison, rien ne permet de déterminer si la direction pénitentiaire, va autoriser une intervention chirurgicale qui avait déjà été demandé depuis un an. Le directeur me dit que le rapport de la radiographie indique qu’Omar à une inflammation du ménisque, mais ne me donne pas la copie de ce rapport de radiographie.

Térésa Chopin

www.zarzis.org


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