Le Maroc renonce à expulser des émigrants par la Mauritanie

jeudi 13 octobre 2005

mercredi 12 octobre 2005, 20h10

GUELMIM (Maroc) (AFP) - Le Maroc a renoncé mercredi à expulser des émigrants africains par la Mauritanie et huit cents d’entre eux étaient regroupés mercredi dans un camp militaire du sud marocain.

Hicham Rachidi, un responsable de l’Association des familles des victimes de l’immigration clandestine (AFVIC), a assuré à l’AFP que ces 800 émigrants auraient dû être conduits vers la frontière mauritanienne. "Dans un premier temps, les autorités nous ont dit que les bus partis dimanche de Bouarfa devaient s’arrêter à Guelmim (700 km au sud de Rabat) mais nos équipes qui suivaient le bus se sont rendues compte qu’ils avaient dépassé Guelmim et s’approchaient de la frontière mauritanienne", a-t-il affirmé.

"C’est sur notre insistance que les autorités ont demandé aux bus de faire demi-tour", a-t-il ajouté. "Ces 800 émigrants ont été convoyés ces derniers jours vers le sud", a confirmé à l’AFP Federico Barroeta, un délégué de Médecins sans frontières (MSF) qui se trouvait devant le camp de militaire à proximité de Bou Izakarn (150 km Agadir). "Les autorités militaires ne m’ont pas autorisé à les rencontrer", a-t-il assuré.

Interrogé par téléphone, Emmanuel, 23 ans, originaire de Limbe (sud-ouest du Cameroun), a affirmé être arrivé dans ce camp lundi après avoir été bringuebalé durant une semaine de Nador, en face de l’enclave espagnole de Melilla, à Oujda (nord-est), puis dans le désert avant de revenir à Bouarfa (est). Il a ensuité été convoyé par bus jusqu’à El Ayoun, chef-lieu du Sahara occidental avant de terminer ses tribulation à Bou Izakarn. "Nous recevons chauqe matin, un litre d’eau, du pain et une boite de sardines. Nous ne savons pas ce que nous allons devenir", a-t-il expliqué.

Par ailleurs, une journaliste de l’AFP a vu arriver mercredi en fin d’aprés midi dans un poste de garnison de Guelmim, deux cents émigrants subsahariens à bord de quatre bus. L’un d’eux, un Sénégalais, a déclaré qu’il venait de la région de Melilla.

Un responsable de la sécurité a affirmé mardi soir qu’il y avait eu "une erreur d’aiguillage" et que le Maroc avait renoncé à ce projet pour éviter toute discorde avec la Mauritanie.

D’après une source sécuritaire mauritanienne, Nouakchott avait exprimé mardi des réticences à recevoir les émigrants refoulés du Maroc à bord d’autocars "sauf preuves matérielles de leur transit par le territoire mauritanien". Une source diplomatique mauritanienne a assuré de son côté que des émigrants étaient arrivés à Dakhla pour être expulsés dans leur pays d’origine par des avions Hercules C130 de l’armée royale.

Par ailleurs, 217 émigrants se trouvaient mercredi à Dakhla, dernière grande ville du Sahara occidental avant la Mauritanie, selon un responsable de la préfecture dans cette ville.

Il a précisé qu’il attendait les instructions pour savoir où ces immigrants devaient être conduits. Selon le ministre de l’Intérieur, Moustapha Sahel, ils devraient être rapatriés vers Oujda.

Par ailleurs, cent-quarante émigrants maliens, sur les 606 répertoriés, sont arrivés mercredi à Bamako à bord d’un appareil de la Royal Air Maroc en provenance d’Oujda. Plusieurs vols doivent avoir lieu mercredi soir et jeudi pour le Mali et le Sénégal.

Quatre avions Boeing 737, avec 140 personnes à bord de chaque vol, sont prévus, ainsi qu’un Airbus A-320, affrété par l’Organisation internationale de la migration (OIM), pouvant contenir 250 personnes, a précisé la MAP.

Plus d’un millier d’émigrants sénégalais et maliens qui avaient tenté de gagner l’Europe en passant par le Maroc devraient être rapatriés dans leur pays d’origine. 549 Sénégalais ont déjà été rapatriés par avion.

Trois demandeurs d’asile sont par ailleurs en voie d’expulsion du Maroc et deux militants de l’Association des familles et des victimes de l’immigration clandestine (AFVIC) qui les accompagnaient sont convoqués au tribunal de Taza le 19 octobre pour "transport illégal d’immigrants".

L’organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF) a demandé mercredi aux autorités marocaines "le libre accès au millier d’immigrants abandonnés dans la région de Bou-Izakarn (650 km au sud de Rabat, ndlr), afin de leur porter assistance".

"Parmi eux, se trouvent des femmes enceintes et des enfants", a écrit MSF dans un communiqué. Enfin, le commissaire européen en charge du dossier Franco Frattini a révélé que 20.000 immigrants sub-sahariens sont en attente en Algérie prêts à commencer leur voyage vers les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla et 10.000 autres sont déjà au Maroc.


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