Le Maroc continue de refouler les migrants

Afrique Par bus et par avion, les autorités de Rabat reconduisent aux frontières des centaines de candidats à l’émigration refoulés des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

mardi 11 octobre 2005

APRÈS AVOIR ÉTÉ REFOULÉS et pourchassés, les milliers de migrants ayant participé aux prises d’assauts des fortifications érigées à Ceuta et Melilla, postes avancés de l’Europe, sont actuellement dispersés à travers le désert ou renvoyés dans leur pays d’origine par des autorités marocaines se refusant à devenir « la poubelle de l’Europe », selon le mot du préfet de la ville d’Oujda, Mohamed Ibrahimi.

Près de 250 émigrants, transportés sous escorte à bord de cinq autocars, ont été « déposés » hier à la frontière avec l’Algérie, à une centaine de kilomètres au sud-est de Guelmim (Maroc), dans une zone désertique. Plusieurs centaines d’autres, à bord de plus de vingt bus, devaient arriver dans cette même ville afin d’être transférés sur la frontière entre le Sahara occidental, administré depuis 1975 par le Maroc, et la Mauritanie.

Plus en amont, dans la ville d’Oujda (Maroc), 1 200 émigrants maliens et sénégalais ont été regroupés dans deux centres. Selon plusieurs témoignages, ils auraient été récupérés dans le désert par les autorités marocaines après y avoir été abandonnés sans eau ni nourriture.

Dans les prochaines quarante-huit heures, trois vols de la compagnie Royal Air Maroc devraient rapatrier des migrants sénégalais vers Dakar et trois autres vols devraient ramener des Maliens vers Bamako. « Les rotations commenceront dans la matinée à partir de l’aéroport d’Oujda », a annoncé le ministère de l’Intérieur marocain. Information confirmée par l’ambassadeur du Sénégal au Maroc, Ibou Ndiaye, qui a précisé que l’avion mis à disposition des autorités sénégalaises « ne compte que 140 places ».

Inanité européenne

Enfin, à Tanger, une ville proche de l’enclave de Ceuta, un groupe de 73 émigrants africains était toujours hébergé dans un centre social après avoir été expulsé par l’Espagne. Ces 73 migrants figuraient au nombre des rares ayant réussi à franchir le grillage de Melilla.

Plus d’une semaine après les premiers heurts entre forces de l’ordre et migrants tentant le passage en force, l’Europe a toujours du mal à réagir. Dépassés et seuls face aux événements, les Marocains ont décidé d’accentuer la pression. Le préfet de la ville d’Oujda a ainsi souligné que « l’Union européenne ne doit plus limiter le problème de l’émigration au seul cadre maroco-espagnol ». « Le Maroc, a-t-il ajouté, ne pourra pas résoudre le problème tout seul et il ne pourra pas non plus être la poubelle de l’Europe. »

Pour le quotidien Aujourd’hui le Maroc, l’image du pays a été gravement « écornée » en raison du drame des Africains errant dans le désert « en haillons », mais de noter : « Le Maroc passe pour le pays qui maltraite et tue même les clandestins subsahariens alors qu’il est victime de ce mouvement migratoire sans précédent. » L’éditorialiste du quotidien s’en prend vivement à l’Espagne qui se livrerait « à un commerce sordide avec le sang africain » en se recroquevillant « sur deux enclaves coloniales ridicules ».

Un fossé de trois mètres autour de Melilla

A Melilla, un eurodéputé espagnol de la coalition communiste Izquierda Unida a estimé que le chef de gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero, était « coresponsable » de la mort de six candidats à l’immigration jeudi dernier : « Ces personnes devaient être accueillies. Demander l’aide du Maroc, qui n’a fait que tirer, est quelque chose d’inacceptable. Nous n’avons pas besoin de ce type d’aide », a affirmé Willy Meyer. La vice-présidente du Parlement européen, Sylvia-Yvonne Kaufman, et la présidente de la Commission de coopération et développement, sont arrivées hier à Melilla pour y évaluer la situation. Selon le journal espagnol El Mundo, l’armée marocaine aurait décidé de creuser un fossé de trois mètres de profondeur autour d’une partie de l’enclave de Melilla afin de bloquer les candidats à l’émigration.

lefigaro.fr


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