Clandestins : conférence euro-africaine, pont aérien au nord du Maroc

mardi 11 octobre 2005

mardi 11 octobre 2005, 17h17

RABAT (AFP) - Le Maroc et l’Espagne, critiqués pour leur gestion de la crise des émigrants subsahariens, ont décidé, mardi, d’organiser une conférence ministérielle euro-africaine alors que des dizaines d’illégaux affluaient vers Oujda, près de la frontière algérienne, pour rentrer chez eux en avion.

A l’issue d’une visite de moins de 24 heures à Rabat, le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos et son homologue marocain des Affaires étrangères Mohamed Benaïssa ont annoncé mardi dans une déclaration commune "la mise sur pied d’un comité mixte interministériel ad-hoc".

Cette instance "devra apporter des solutions adéquates aux problèmes de l’émigration illégale dans ses différents aspects de sécurité, de respect des droits individuels et collectifs, de lutte contre le trafic illégal des personnes et de coopération technique face un problème qui affecte toute la région".

Les deux parties se sont également mises d’accord, mais sans fixer de date, "pour proposer la tenue au Maroc d’une conférence ministérielle euro-africaine qui réunira tous les pays concernés : pays d’origine, de transit, ou d’arrivée".

Outre les centaines de Sénégalais et Maliens déjà régroupés dans des centres gouvernementaux, le journaliste de l’AFP a vu des dizaines de Congolais, Ivoiriens, Gambiens et d’autres nationalités arriver vers Oujda, dans le nord du pays, où lundi a commencé un pont aérien pour ramener ceux dont le rêve de gagner l’Europe s’est transformé en cauchemar.

Un avion, avec 140 Sénégalais à son bord, s’est envolé mardi matin en direction de Dakar, et un autre devait décoller dans la soirée, a indiqué à l’AFP l’ambassadeur du Sénégal à Rabat, Ibou Ndyae. Deux derniers avions devraient décoller mercredi vers Dakar, a-t-il ajouté.

Ces vols s’ajoutent aux deux avions de RAM, arrivés lundi dans la capitale sénégalaise, avec chacun 140 émigrants à bord.

Un premier groupe de 400 Maliens, sur les 600 qui se trouvent à Oujda, devraient gagner Bamako mardi après-midi à bord d’un Boeing 747 et tandis que leurs compagnons restants devraient partir mercredi.

Par ailleurs, la situation semble plus dramatique pour ceux qui ont été convoyés en autocars lundi et mardi vers trois directions : la frontière algérienne du côté de Assa-Zag (sud), la frontière mauritanienne avec le Sahara occidental du côté de Smara, et puis la même frontière du côté de Bir Guendouz, à l’extrême sud du territoire, a-t-on appris par des témoins et des sources sécuritaires.

Soixante-sept émigrants africains sont arrivés lundi soir à Dakhla, une petite ville du Sahara occidental (1.770 km au sud de Rabat), à bord de deux autocars, ont indiqué des témoins à l’AFP. Les passagers devaient être refoulés mardi vers la frontière avec la Mauritanie.

Deux autres autocars transportant 40 émigrants chacun sont passés lundi et mardi par Smara, autre ville du Sahara occidental, selon des témoins contactés mardi par l’AFP.

Quelque 247 étaient déjà arrivés à Guelmim (sud marocain) lundi à bord d’autocars affrétés par les autorités. Ils ont été conduits dans le secteur d’Assa et Zag, à une centaine de km au sud-est de Guelmim, puis "déposés" à la frontière avec l’Algérie, selon une source policière à Guelmim.

Des centaines d’autres émigrants étaient attendus dans cette ville d’où ils devaient être conduits à la frontière mauritanienne, à la pointe sud du Sahara occidental.

Rabat souligne que les refoulements des clandestins se font vers les frontières d’où ils s’étaient infiltrés au Maroc.

La presse espagnole s’est indignée mardi de la "caravane de la honte" de centaines d’Africains actuellement transportés en bus dans le désert marocain, critiquant le gouvernement espagnol et Rabat, "qui ne respecte pas les droits de l’Homme".

"Caravane de la honte (ABC), "Caravane de l’enfer" (La Razon) : la presse de droite fustige le convoiement en bus de centaines d’Africains menottés vers la frontière mauritanienne, aux confins du désert marocains.

Pour sa part, la presse privée sénégalaise a critiqué sévèrement mardi les "frères" marocains, évoquant "l’enfer" qu’ont vécu des immigrés clandestins sénégalais renvoyés lundi à Dakar par le Maroc.


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