La Sonacotra fête ses 50 ans et "révèle" son nouveau nom !

Mais derrière le nouveau nom, qu’y a-t-il comme changement ?Et les résidents des foyers Sonacotra, eux, qu’ont-ils à fêter ?

lundi 22 janvier 2007

Communiqué de l’Atmf et du Copaf

Tout le monde se rappelle : les années 60 / 70, les foyers-prisons, les petites chambrettes de 5 à 7 m², les gérants à mentalité et pratiques colonialistes et racistes, les augmentations incessantes, le non-droit total ... La « formule » a provoqué la plus grande grève de loyers que la France ait jamais connu (de 1975 à 1980), la première grève politique de l’immigration à envergure nationale. C’est l’événement le plus marquant de l’histoire de la Sonacotra car ce mouvement de grève a imposé la notion d’égalité des droits entre français et immigrés dans la culture politique en France. Et vraisemblablement c’est la contribution a contrario la plus importante de la Sonacotra à l’histoire de ce pays.

ET QUELQUES DECENNIES PLUS TARD, QUE DEVIENT LA SONACOTRA ?

La Sonacotra est toujours un gros appareil hiérarchique à la culture autoritaire et paternaliste.

- Pour elle, lutter contre la crise du logement et la suroccupation des foyers, c’est en rendre les résidents responsables. Ainsi nous la voyons lancer les huissiers et des policiers contre des résidents qui hébergent leurs proches et les traîner devant les tribunaux pour obtenir leur expulsion.

- Nous la voyons toujours aussi fermée à la concertation et au dialogue avec les résidents, à la reconnaissance des comités de résidents, au libre choix du mode de vie, au respect de la vie privée ... Les résidents sont toujours considérés comme des mineurs sans droit à la vie privée et encore moins à l’organisation de leur vie collective. Nous la voyons interdire des réunions, fermer les lieux collectifs brutalement (par exemple pour fermer une salle de prière, elle fait expulser les vieux présents dedans par des policiers), ouvrir des chambres sans l’accord du résident ....

- Nous voyons la Sonacotra se congratuler constamment sur ses qualités de gestionnaire / propriétaire et pourtant elle a encore dans son parc des milliers de chambres à 9 m², parfois même moins et elle pilote des constructions bourrées de malfaçons ....

- Nous voyons aussi certains gérants accuser les résidents de malversations et plus soucieux de colporter des ragots que du bien-être et de la dignité des résidents.

- Nous voyons enfin la Sonacotra beaucoup plus préoccupée par le souci de récupérer des chambres dans les foyers avec le système des « chambres partagées » que par les conditions de vie des vieux travailleurs et la garantie de leurs droits et de leur accès aux soins.

Est-ce son passé peu reluisant, est-ce son règlement intérieur d’un autre âge (toujours en vigueur), ce non respect des modes de vie des travailleurs immigrés et ce peu de souci des droits des résidents et des vieux travailleurs que la Sonacotra fête ?

Elle annonce à grands frais et à grand renfort de « com. » qu’elle change, qu’elle devient une société encore plus grosse, recapitalisée, qu’elle change de CA et c’est pourquoi elle organise cette grand-messe pour « révéler » son nouveau nom.

MAIS DE QUEL CHANGEMENT S’AGIT-IL ?

Aujourd’hui la politique de relégation et d’enfermement est toujours omniprésente, seule la forme a changé : les résidents des « nouveaux foyers » décrétés « résidences sociales » se doivent d’être invisibles, enfermés dans leur studette (11 à 15 m² plaque électrique, douche et WC compris) et surtout sans espaces collectifs : des décennies dans des studettes d’étudiants, sans droit et sans aucun espoir d’en sortir !

Aujourd’hui, le mode de vie des travailleurs immigrés des foyers est taxé par de nombreux décideurs de communautariste, on les somme de rentrer dans le droit commun tout en leur refusant OBSTINEMENT le dit droit commun de locataire ; on laisse à l’abandon les vieux travailleurs retraités, on enfourche sans discernement les thèmes anti-immigré les plus médiatisés, on met en avant le modèle de vie actuel « d’intégration » : le chacun pour soi et la concurrence entre tous.

La Sonacotra va-t-elle encore docilement être le pilier de cette politique de SOUS-LOGEMENT SOCIAL, de cette politique de relégation et d’enfermement, façon 21ème siècle, des « personnes en difficultés » ? Et va-t-elle autoriser les rafles de sans-papiers jusque dans les foyers ?

Une réelle fête de cinquantenaire aurait dû réunir les comités de résidents et leur coordination avec tous les autres partenaires (autorités, institutions, membres de l’entreprise, associations ...) pour définir les contours d’une AUTRE politique de logement social pour l’avenir :

- une politique de construction massive combinant espaces privatifs confortables et diversifiés avec des espaces collectifs suffisants pour une vie sociale intense et variée,

- une politique de réelle intégration des résidents dans la vie de la cité les reconnaissant comme partenaires responsables et égaux et non pas comme des sous-citoyens à reléguer,

- une politique réelle d’accompagnement social pour les plus vieux et les plus fragiles,

- une politique de reconnaissance des comités de résidents et de la nécessité de la concertation,

- une politique de reconnaissance des droits, droits de locataire pour tous et droits entiers garantis pour les vieux travailleurs retraités avec reconnaissance du droit d’aller et venir,

donc pour tous des droits liés à la personne et non à la résidence ou au type de logement.

De nombreux comités de résidents des foyers Sonacotra se battent aujourd’hui pour la reconnaissance de ces droits.

Nous serons à côté d’eux dans ces combats-là.

ATMF (Association des travailleurs maghrébins en France) 10 rue Affre 75018 Paris
- Email : national@atmf.org Site

COPAF (Collectif pour l’avenir des foyers) 8 rue Gustave Rouanet 75018 Paris
- Email : copaf@orange.fr Site


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